Henry Rollins

Les ados du punk hardcore en aller simple pour le mainstream

Julien Perez



They distort what we say. Rise above. We’re gonna rise above. Try and stop what we do. Rise above. When they can’t do it themselves. We are tired of your abuse. Try to stop us it’s no use…
Ca s’ouvre sur un ciel rouge, un sol poussiéreux et des arbres décharnés, un décor de studio, une esthétique de la désolation volontairement kitch qui rappelle celle de la vidéo d’Heart shaped box de Nirvana parue un an plus tôt, il s’agit bien du même réalisateur, Anton Corbijn, et nous sommes en 1994.
Un type musculeux, habillé tout en noir, est allongé sur le sol. Henry Rollins prend la parole. Debout Henry. Stand up.
A cette époque, j’ignorais que j’allais revenir plus tard vers la vidéo de Liar, le tube de Rollins Band – la bande à Henry Rollins – en heavy rotation sur MTV, diffusé en France via Best of trash. J’étais bien trop jeune pour connaître l’existence du DIY, et je ne savais pas que ce type à l’écran avait chanté dans Black Flag, l’un des groupes fondateurs du mouvement punk hardcore, une dizaine d’années plus tôt. Pour ma part, je cessais tout juste de jouer au pirate.
Fondu enchaîné, Henry se lève et déblatère.
Le clip de Liar est bâti autour d’un principe de dualité qui répond de façon littérale aux ficelles dramatiques de la chanson.
Pendant les couplets, Henry endosse divers costumes renvoyant à des personnages symboliques facilement reconnaissables – le policier pour l’Etat, la nonne pour la Religion, le super héros pour la Culture de masse – ; soit la trinité autoritaire et aliénante que les punks ont prise en grippe. Seul un quatrième ensemble vestimentaire – jean noir-t-shirt noir – est difficilement identifiable mais nous y reviendrons plus tard.
Henry, sous ces diverses apparences, déambule donc dans le décor apocalyptique de pacotille. Henry force les traits, cabot et grimaçant. La musique est douce, quasi dérisoire, presque d’ascenseur. Le chant, proche du spoken word, nous raconte l’histoire d’un paumé qui trouve consolation auprès d’un mystérieux prédicateur. Par quels moyens ce dernier parvient-il à regonfler l’ego du loser ?
La guitare se distord, les amplis vrombissent, les cymbales tintent. Le refrain fracassant mollarde la réponse :
Cause I’m a liar, yeah, I’m a liar. I’ll tear your mind up, I’ll burn your soul. I’ll turn you into me, I’ll turn you into me cause I’m a liar, a liar, a liar, a liar.
Henry est torse nu, peinturluré de rouge, corps diabolique et bandé sous stéroïdes, cou obèse de taureau. Les autres musiciens, jusqu’alors absents de l’image, s’agitent en arrière plan dans le mouvement de bascule propre au 90’s. Bang ! Des immeubles et des flammes en arrière-plan. Fondu.
Le couplet reprend, avec la même tranquillité. La douche écossaise se poursuit jusqu’à l’apothéose finale. Yeah I lie, I lie, I lie…
Quelques années plus tard, je découvre par hasard une vidéo dans laquelle Henry, jean noir-t-shirt noir, face à une salle de spectacle comble et hilare, se livre à l’exercice du stand-up, cette forme particulière de one-man-show dont notre modernité raffole. Il me vient alors naturellement à l’esprit les questions suivantes.
Comment passe-t-on du punk hardcore de Black Flag à la comédie ?
Comment passe-t-on du Do It Yourself à l’industrie du divertissement ?
Est-ce que le fait d’être à la fois l’interprète de Rise above et de sketchs graveleux dans une même existence consacre Henry Rollins comme un personnage hors du commun ? Ou n’a-t-il fait que réaliser un projet déjà inscrit inconsciemment dans la contre-culture dont il fut l’un des fondateurs ?
C’est alors que je songe à la vidéo de Liar, à la façon dont elle livre l’icône underground en cours de reconversion selon deux régimes de représentation. Pendant les couplets, Henry est seul à l’écran, roublard, volubile, déguisé. Aux refrains, Henry est accompagné par un groupe, il est un frontman beuglant, nu et sauvage. On tient le cabaret et le squat, côte à côte.
L’ensemble jean noir-t-shirt noir s’éclaircit, c’est la tenue du comique de stand-up. Celui qui porte les vêtements les plus neutres qui soient afin que chacun des spectateurs composant l’audience puisse s’identifier à lui lorsqu’il relève les cocasseries du fonds commun.
Pendant longtemps, j’ai haï les comiques car je les trouvais terriblement prétentieux. Je me disais qu’on ne pouvait être qu’ainsi pour s’arroger le monopole du bon mot et de l’observation qui fait mouche. Mais je pense désormais que ce sont des gens qui font preuve d’un altruisme profond, de dévoués sanitaires, proches de ces mouchoirs que l’on utilise pour extraire les comédons d’une peau grasse.
Jean noir-t-shirt noir, une tenue de sage-femme. Le comique n’invente rien, il n’est qu’un assistant, et l’éclat de rire communicatif qu’il aide à mettre au monde le précède. Que le monde soit risible n’est une nouvelle pour personne. Ce qu’il y a de profondément sordide dans le rire qui emplit un cabaret au fil des piques lancées par le boute-en-train de service, c’est l’abdication de l’assemblée concernée, incapable de prendre en charge les aspects dérisoires de sa propre existence, s’en remettant aux truculences, forcément banales puisque s’adressant au plus grand nombre, d’un amuseur public. Selon la fameuse stratégie démagogique consistant à « dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas », le comique lie les individualités par le bas, permettant à chacun de se vautrer dans sa médiocrité, puisque cette dernière se révèle collective. Dans un cabaret, on ne rit que jaune.
Mais revenons à Henry. Redoutable ou charlot ? Qu’en est-il de son identité? A la vue du clip de Liar, il semble que celle-ci soit indécidable. « Je mens maintenant » ne cesse de nous dire la chanson, neutralisant ainsi l’accès à une vérité stable en reprenant à son compte ce paradoxe hérité de l’Antiquité. Tout participe à affirmer la primauté originelle du simulacre : de la superficialité exacerbée des décors d’Anton Corbijn à la performance du chanteur culturiste trublion, épuisant sa substance à force d’auto-singeries.
Et si Henry – celui qui déclarait à tous les fanzines de la côte ouest « I’m a freak » dans les années 80 et qui sauve désormais des adolescentes farcies de botox en canardant du dégénéré à la mitrailleuse dans le film Détour Mortel 2 – concentrait, par les excès et multiples transformations (sociales, musculaires, capillaires) que recèlent sa biographie, tous les paradoxes inhérents à une culture underground, punk et assimilés, qui voit le jour dans des squats banlieusards de Washington et Los Angeles dans les 80’s et finit par détrôner Michael Jackson de la première place des charts en 1991 avec Nevermind ? Et si l’impératif révolutionnaire Stand up braillé dans la chanson éponyme de Minor Threat signifiait bel et bien : « faisons du stand up, préparons une nouvelle farce populiste » ?
Dans un texte intitulé Iron, Henry raconte comment il en vint à la musculation. Adolescent maladroit et chétif, il était humilié par ses parents, raillé par ses professeurs, terrorisé par ses camarades. Il décrit assez précisément la façon dont il apprit à intérioriser haine et frustration, enviant secrètement ses bourreaux auxquels il aurait voulu ressembler pour échapper à leurs sévices.
Puis il fit la rencontre de M.Pepperman, conseiller d’éducation et vétéran du Vietnam bien bâti, qui le convainquit de soulever des poids. Mémorable première rencontre où M.Pepperman frappa Henry dans le plexus et l’envoya au tapis. Morale de l’affront : lorsqu’Henry serait capable de recevoir ce coup sans broncher, il serait sorti d’affaire et pourrait enfin se regarder dans la glace.
Henry commença donc à sculpter son corps avec assiduité. Régulièrement, M.Pepperman, surgissant de nulle part au détour d’un couloir du lycée, frappait Henry au plexus, faisant valdinguer ses livres scolaires sous les regards stupéfaits des autres élèves. Henry se relevait et repartait bosser à la salle de muscu. Un jour, après plusieurs mois de travail acharné, Henry encaissa le coup sans fléchir, esquissa un sourire et passa son chemin.
Dans la suite du texte, Henry médite sur la musculation, exploitant la polysémie du terme iron qui renvoie tout autant à la matérialité des barres et des haltères qu’au caractère qui se forge à leur contact : intransigeant, rude, solide, fort. Maîtrise et respect de soi se gagnent dans la souffrance. Force physique et force émotionnelle semblent intimement liées. Henry rappelle à ce sujet que, selon Yuko Mishima, un corps faible ne peut supporter une passion aussi intense que l’amour authentique. La réflexion se conclut ainsi : Friends may come and go. But two hundred pounds is always two hundred pounds.
S’il est évident que la pratique de la musculation est loin de caractériser dans son ensemble le punk hardcore des 80’s, le récit que fait Henry de sa transformation musculaire et la conception du corps qui en découle ne sont peut-être pas dénués d’intérêt pour saisir la maturation de ce mouvement.
Le corps, dans le texte d’Henry, est avant tout surface d’agression. C’est son défaut de grâce qui est sujet aux humiliations et c’est sur lui que portent les coups. La musculation s’apparente alors à une préparation au combat. Mais contre quel adversaire ? La musculation, en soi, n’est pas un sport de combat. Il est alors frappant de remarquer qu’en dépit de leurs velléités politiques, les textes des chansons punk hardcore peinent à définir l’adversité, souvent réduite à une abstraction contraignante (le père ? le professeur ? le pasteur ? la police ? le bully ? le militaire ? l’homme politique ? le percepteur des impôts ?) selon la dialectique usée jusqu’à la corde du I,We contre You, Them.
A cette menace liquide et protéiforme répond donc une sculpture paranoïaque du corps et une agressivité insatiable puisqu’incapable de s’épuiser sur un objet tangible. Henry, au cours de sa carrière, s’en prendra à peu près à tout ce qui bouge, à travers ses disques, ses livres, ses spectacles comiques et même parfois manu militari. Mais si plus rien ne peut atteindre ou résister à ce corps, revers de la médaille, plus rien ne semble pouvoir en sortir non plus. Explosif – comme on pourrait le dire du corps d’un sportif – mais aussi constipé : tel est le corps hardcore.
Les jeunes banlieusards à l’origine de ce mouvement sentent bien que quelque chose de fâcheux plane au dessus de leurs têtes – l’adolescence – mais jamais ils ne parviendront à en proposer une formule satisfaisante. Et plus ils ripent et bégayent sur cette formulation, plus leur musique se charge de fureur dévastatrice. Le public suit, forcément, chacun mettant un peu de ses propres maux dans la case vacante du mal à combattre. Des corps de guerriers habités par des adolescents capricieux, embourbés dans une mélasse idéologique dont ils ne se départiront jamais. C’est là que réside tout le sublime de ce mouvement. Ce déséquilibre. Cette tension entre un esprit en déroute et un corps prodigieusement fort, qui puise cette force même dans la défaite de l’esprit, c’est de là que naît le vertige.
Concentration aberrante d’énergie vitale et de vanité. D’un côté une petite révolution artistique à l’intensité folle : up tempo, power chords, géniale économie de moyens, cris renversants, slam, pogos, dessins-crachats en noir et blanc ; se met en place en moins d’une décennie une esthétique radicale dont il est très difficile de pointer les influences. De l’autre : un ressentiment moteur, une poésie de la vindicte, des sermonnaires de mal baisés et de la révolte formatée, sans le savoir, pour l’empire MTV en devenir.
Tous les écrivains qui ont, a posteriori, tenté d’insuffler un esprit à ce mouvement se sont brisé les dents. Et ce que j’entends par « esprit » n’a rien à voir avec le fait de méditer sur l’idiosyncrasie de toute pensée ou, à l’inverse, l’intelligence du corps. Ce que j’entends par « esprit », ou plutôt « absence d’esprit », c’est l’incapacité flagrante de ce mouvement à inventer des formes langagières capables de mettre à jour un litige jusqu’alors imperceptible dans le champ social. Incapacité qui tranche de manière malheureuse avec les ambitions révolutionnaires, ou pour le moins subversives, vociférées par ses têtes de proue. Il est donc assez grotesque de lire Michael Azerrad qui, dans son best-seller Your band could be our band, s’entête à qualifier cette ramasse de Chuck Dukowski, bassiste fondateur de Black Flag, de « personnage nietzschéen », ou Greil Marcus qui, dans son célèbre Lipstick Traces, entreprend de rapprocher le mouvement punk de dada et du lettrisme. Entreprises fallacieuses qui, sous couvert de réhabiliter ce qu’on a regroupé dans le fourre-tout de la « contre-culture », ne font que tisser des liens superficiels entre des entreprises artistiques et intellectuelles irréductibles, facilitant ainsi le travail de normalisation opéré par Wikipedia et les mauvais travaux universitaires.
Or, la vérité du mouvement punk hardcore, c’est sa puissance décérébrée. Ce n’est qu’en reconnaissant cela que l’on peut lui rendre sa spécificité. Et c’est aussi ainsi que les paradoxes tombent.
Que le punk hardcore, dans sa maturation, ait préparé l’arrivée de Nirvana en haut des charts n’a rien de fabuleux. Comment ce mouvement aurait-il pu être incompatible ou retors aux industries culturelles alors qu’il était incapable d’en saisir le fonctionnement, tout juste d’en ressentir les effets ? A l’origine, il y a effectivement une exaspération quant à la bande-son des années Reagan, une volonté de trouver une autre voie que le hip hop des noirs et la pop sirupeuse des yuppies, une volonté de s’inventer une jeunesse à sa mesure. Mais il semble qu’il y ait un malentendu de départ quant à l’aspect subversif de cette nouvelle culture, à commencer par la revendication d’autonomie qui fonde le principe du DIY et le supposé contenu séditieux de ses productions.
En effet, il serait tout à fait convenable de penser que, le seul axiome fixe du système capitaliste récent étant celui du profit, l’unique risque pris par le mouvement hardcore punk, au vu des industries culturelles, fut un risque économique. Une fois ce risque démenti au sein de l’incroyable réseau parallèle mis en place en moins d’une décennie (radios universitaires, fanzines, disquaires et distributeurs indépendants, bars et squats sur l’ensemble du territoire américain), il n’est pas étonnant que nombre de productions ayant vu le jour dans cet « underground » aient été intégrées sans peine aux flux des industries culturelles.
L’erreur d’appréciation, qui conditionne la naïveté et l’arrogance du mouvement punk hardcore, consiste à avoir cru que le champ de bataille était celui de la morale. Or, dans le système capitaliste contemporain, telle production esthétique choquante n’est pas diffusée, non parce qu’elle n’est pas rabattable sur un ordre moral et politique immuable, mais parce que son caractère choquant ne sera pas, selon toute probabilité, populaire. Il faut donc considérer que, dans le capitalisme contemporain, tout ce qui revêt la forme d’une morale précapitaliste, avec le cortège d’hérétiques que cette dernière permet de penser dans les creux de ses préceptes, n’est en fait qu’un axiome qui peut être abandonné sans aucune mauvaise conscience dès lors que les fluctuations de l’ordre économique le rendent impropre à réguler les flux marchands. En l’absence de barrières morales infranchissables, pour le meilleur et pour le pire, le seul obstacle auquel est confronté l’artiste est celui du public. Lorsque cet obstacle fut franchi, les industries culturelles accueillirent les vilains petits canards à bras ouverts.
En réalité, l’avènement des blancs-becs banlieusards coléreux en tête des ventes de disques n’est ni plus ni moins que l’avènement de self made men, l’histoire d’un succès purement américain. Et cela ne prit qu’une petite décennie à they, cet ordre aliénant, abrutissant, obscurantiste, pour s’identifier à son reflet hirsute et débraillé, we. Les sales gosses de banlieue devinrent photogéniques et c’est probablement ce qu’ils souhaitaient depuis toujours : un aller simple pour le centre ville et la possibilité de pouvoir parler aux plus jolies filles du bahut.
Qu’en est-il d’Henry Rollins dans son rôle de comique ? Sa présence sur scène n’a plus rien d’animal, elle est tristement humaine : assurée, rassasiée, nantie d’elle-même. Fin de la mue. Les vannes qu’il balance sont plutôt has-been, voir réacs. Néanmoins, il a le mérite de faire apercevoir des ponts insoupçonnés entre le pogo et l’éclat de rire collectif : deux catharsis plutôt bas-de-gamme, à la différence près que la première possède l’odeur vivifiante du musc adolescent là où la seconde refoule l’accident de prostate. De la pensée maladroite et pleine de morgue qui caractérise le punk hardcore à la pensée vaincue sur laquelle prospère l’industrie du divertissement, il y a ce que nous pourrions nommer un ratage du passage à l’âge adulte. Heureusement, tous n’ont pas fini comme Henry.
En fin de compte, le punk hardcore n’aura jamais fait de mal à une mouche, mais sans lui, des milliers de kids auraient eu une jeunesse beaucoup moins trépidante. Le hardcore punk est resté jeune jusqu’à la mort. On aura eu de bons moments.


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Didier Lestrade

L’homme qui ne connaît pas un Gay plus radical que lui nous dévoile ses fixettes des dix prochaines années

Propos recueillis par Crame

Didier Lestrade a débarqué de sa province. Il a fondé un beau fanzine gay, Magazine. Il a attrapé le VIH. Il a fondé Act-Up Paris. Il a chroniqué l’essor de la House pour Libération. Il a été journaliste à Gai-Pied puis Têtu. Il est parti s’installer à la campagne pour cultiver son jardin. Il a publié des bouquins. Il collabore au site Minorites.org. Des gens le détestent. On n’est pas toujours tranquille quand il prend position. Un jour, sur son blog, il a dit qu’il n’avait pas spécialement envie de vivre jusqu’en 2020 et que dix ans pour tout dire c’était bien suffisant. Nous lui avons demandé « Dire quoi en dix ans ? Qu’est-ce qui va être important, genre cinq thèmes importants ? ». De son point de vue irréductible d’homme gay de 52 ans, il nous a répondu.
Le mystère. Il y a dix ans, un ami m’avait parlé d’un sondage qui demandait régulièrement aux Américains s’ils croyaient que la fin du monde arriverait lors de leur vivant. Une légère majorité d’Américains disait oui, la fin du monde arriverait et ils en seraient les témoins. À l’époque, ça m’avait fait rire. L’intérêt de ce sondage, c’est qu’il ne concerne pas uniquement les illuminés pentecôtistes ou les dingues du Tea Party. C’est tout le monde. Il y a tellement de choses graves qui sont survenues depuis dix ans (la décennie de la terreur) que l’on peut réellement se demander comment le monde parviendra à tenir quelques décennies de plus.
Donc, voilà, le premier constat, c’est que je ne sais pas ce qui va se passer dans les dix ans à venir. Avant, j’avais réponse à tout et le plus drôle, c’est qu’une grande partie des choses que je prévoyais s’est réalisée. Je ne suis pas un voyant, mais je prédis quand même. Au niveau gay, au niveau sida, au niveau de la musique, je suis visionnaire, je le sais. Mais là, même sur ces sujets, je ne peux rien imaginer de crédible. C’est un mystère. C’est le syndrome Madonna. Elle est en fin de course, comme la planète, mais personne ne peut imaginer ce qu’elle va faire. Elle peut faire un album de reprises folk, elle peut faire du Las Vegas, elle peut continuer à devenir un monstre, nobody knows. Le monde est vieux, il a le même âge que moi et Madonna (class of 1958), mais personne ne sait ce que c’te folle va faire.

Go AWOL
Pourtant, j’ai aussi passé ma vie à attendre, proposer, imaginer des choses qui ne sont pas encore vraiment arrivées. J’ai passé 30 ans à dire qu’il fallait laisser pousser sa barbe, pas juste un truc bien taillé à la Yagg, mais un truc buissonnant à la Bonnie Prince Billy, j’ai attendu toute ma vie des pédés avec des dreads, des pédés skaters, des pédés surfers, et je n’en connais que quelques-uns. J’échangerais bien une tonne de pédés SM (bo-ring) contre un quintal de pédés rastas.
Cela fait maintenant des années que je chante (Walt Whitman way) l’idée du départ de la ville, de la disparition, de vivre à l’autre bout du monde, de quitter la France, de vivre dans la nature et le silence, de la décroissance, de gagner moins d’argent, juste pour survivre, d’être AWOL (away without leave), de se comporter d’une manière écologique, même dans la sexualité, de vivre par le folk, et je constate que c’est toujours la marge de la marge. Parmi mes amis, j’en ai juste une poignée qui est partie de Paris. Et parmi les gays que je connais, pas un seul qui soit vraiment parti vivre à l’autre bout du monde. Cela m’intrigue car je crois vraiment que si je n’étais pas séropo depuis 24 ans, c’est ce que j’aurais fait.
Je trouve fascinant de voir que la planète exprime des signes d’épuisement accéléré et que cela motive si peu de personnes à tout quitter pour assister à ces derniers moments de vraie nature. Ma solution aux problèmes politiques ? Disparaître. Écarter toute velléité d’accomplissement, de carrière, de célébrité. Pourquoi devenir journaliste quand on peut vivre entouré d’Africains ou d’Argentins dans un endroit paumé où l’on peut vraiment relever ses manches pour travailler ? Je ne comprends pas. Il y a un tel manque d’aventure. Je ne parle pas des travellers que je respecte, je parle de tout quitter. Être assez fort pour aller là où on a vraiment besoin d’une personne en plus. Le silence, ce n’est pas quelque chose que l’on apprécie quand on a mon âge car on a vécu, on a connu le bruit des clubs et de la ville. Non, le silence, c’est quelque chose dont on a physiquement besoin et aujourd’hui, ceux qui lisent ces lignes ne savent plus ce que c’est. Il faut PARTIR.

Le sida
Vous croyez que je vais laisser tomber ? Vous rigolez, j’espère. Pour l’instant, la contamination chez les gays se poursuit, et les gays sont les plus touchés par le sida dans les pays occidentaux. Arrêtez de croire ce qu’on vous dit sur le sida chez les hétéros en France depuis 25 ans, c’est du bullshit. Ceci est une épidémie gay en occident, point à la ligne. Pour l’instant, les réservoirs de virus, c’est Paris, Berlin, Londres et la Russie qui rattrape tout le monde. Toutes les folles s’achètent des appartements pas chers à Berlin, croyant avoir trouvé l’eldorado gay. Dans 5 ans, cet eldorado sera un super tanker de séropos et cette image va rejaillir sur toute la ville. Et les pédés étant toujours prêts à lâcher ce qu’ils ont adoré dès que ça tourne au rance, Berlin sera délaissé, comme Miami est désormais une destination délaissée, comme Cuba. Les gays vont jeter la banane de Berlin et de Madrid quand ils l’auront usée jusqu’à la corde, comme des vampires. Le traitement en tant que prévention va se généraliser, les gays vont utiliser de moins en moins la capote, ils préfèreront se bourrer d’antirétroviraux avant et après la baise pour faire ce qu’ils veulent. Et ne me dites pas que je généralise, que je dis « les pédés » en créant un autre stéréotype. Nous sommes déjà affectés, en tant que groupe, par les pionniers du bareback, par ceux qui ont repris le flambeau aujourd’hui et qui organisent des partouzes bareback. Tout ceci nous rejaillit dessus en tant que minorité : le bareback est notre Ben Laden. Et vous ne faites rien pour jeter ce Ben Laden hors des murs du Berghain, donc bonne chance. Enjoy your moment.

Older stuff
Le seul sujet qui m’apporte un peu d’espérance sur la décennie à venir, c’est la vieillesse. J’ai 52 ans. J’avais tout un bouquin dans ma tête sur ce sujet et mon éditeur précédent a dit non, je trouve ça insensé. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les plus de 50 sont en train d’exprimer des demandes totalement novatrices : une transformation médicale (des prothèses qui permettent de mieux marcher, mieux entendre, mieux voir, mieux réfléchir), une envie de structures qui n’excluent pas les minorités (des maisons de retraite gay, ou pour les musulmans comme cela se fait déjà à Berlin pour les Turcs), des nouveaux endroits qui remplacent les cimetières. Et puis, il y a tout ce travail à faire sur les archives. Travailler sur l’unfinished business avant de disparaître, régler les choses avant de mourir quand on veut et comme on veut, être suivi médicalement sur Internet, bref une vieillesse high-tech. Si on réfléchit bien, j’ai fait partie de la révolution gay, de la révolution sida, j’ai été pédé toute ma vie et cela me met forcément dans une avant-garde de la vieillesse. Et je crois que si, pour l’instant, rien n’est fait (ça fait des années qu’on parle des maisons de retraite LGBT et ça coûte la peau du cul ces idées-là), c’est parce que les gays et les lesbiennes sont comme des cigales, ils vont attendre le dernier moment pour s’y mettre ou faire pression pour que ça arrive. Mais ça arrivera. Car l’idée de passer leurs dernières années au milieu de vieux en phase terminale de déchéance va les paniquer tellement qu’il faudra bien qu’ils se remuent le cul.

Orthodoxie de l’identité
Une autre chose est totalement sûre : la prochaine décennie va pousser à son paroxysme l’idée de la niche identitaire. Le monde va être peuplé de freaks, comme le prédisait Alvin Toffler, il y a 40 ans. Donc les personnes qui changent de sexe (ou pas), qui sont entièrement tatouées, percées, mutilées, auto-métamorphosées, ça va devenir très important. Alors, pour les gens comme moi qui ne sont pas intéressés par l’identité (Savoir qui on est, pour moi, est très facile, c’est ce que l’on fait qui est important. Si tu passes 10 ans à déblatérer sur ton identité sans rien foutre, ben t’es juste devenu un under-achiever de plus connasse), ces années à venir seront forcément liées au repli. C’est ce que j’appelle l’orthodoxie de l’identité. Je vais faire partie de ces gens qui n’ont pas envie de s’excuser sans arrêt ni d’expliquer pourquoi ils sont intéressés par la virilité, par le fait d’être un homme, tout simplement parce qu’il y en a d’autres qui trouvent ça « hétéro-flic » ou je ne sais pas quelle autre connerie de ce genre. En tant que gay, je n’ai pas à expliquer mes choix et à me laisser envahir par ce nombrilisme de l’identité qui se résume souvent par le même délire égoïste : moi, moi et moi. Un jour, je suis chienne, le lendemain je suis queer, le surlendemain je suis juste dans ma cuisine. Who gives a fuck what you are doing, cunt? Tu crois que tu es radicale? Regardez le blog d’Eribon, c’est si boring que c’est devenu le modèle de ce qui cloche chez les gays.

Détruire
Aujourd’hui exactement, le 18 mai, on est au lendemain de la journée internationale contre l’homophobie qui est l’alpha et l’oméga de l’engagement gay, le truc qui fait plaisir à tout le monde, la tarte à la crème du consensus LGBT et je dis fuck you, bande de geigneuses. Les gays today, ce sont des folles qui se plaignent. Ce n’est pas ce que j’appelle se « mobiliser », ou « se défendre » ou même « agir ». J’en ai vraiment marre de ces pédés mous, qui ne sont pas capables de descendre dans la rue pour autre chose que du kiss-in. Tout le monde se satisfait du nouveau cliché, le « militantisme digital », ça se passe sur FB tu comprends. Je vois des amis créer des groupes de désobéissance civile au Pays basque et je ne vois rien chez les pédés. Ils sont là à collaborer à une illusion de l’action qui est juste une occasion pour passer son temps à baiser. Fondamentalement, les gays se sont laissés endormir par tout un réseau de pédés et de lesbiennes influents qui n’attendent qu’une chose : que le PS revienne au pouvoir et leur offre des carrières qu’ils n’ont pas été foutus de créer eux-mêmes. La gauche va aspirer vers le haut tous ces connards qui travaillent pour la mairie de Paris, pour des associations notoirement lâches, pour des médias sur lesquels il faudrait cracher dès qu’ils ouvrent leur gueule et je ne vois aucune idée de révolte chez les gays. Toutes les folles qui parlent aujourd’hui sont sorties de Normale Sup. Je suis effaré de voir qu’il n’y a pas un gay plus radical que moi. Je regarde autour de moi et il n’y a personne.
Ce qui m’intéresse donc, à partir de ce moment, ce sont les beurs et les blacks, comment ils vont exprimer leur colère et leur hargne, pourquoi nous devrions nous inspirer d‘eux au lieu de les mépriser en nous comportant encore et toujours comme des pédés racistes. C’est pourquoi je travaille à Minorités.org car les gays ne sont plus à l’avant-garde, ce sont des putains de suiveurs qui sont effrayés par les banlieues alors que les banlieues possèdent tout. On devrait être une bande de mecs comme Genet il y a 50 ans, prendre fait et cause pour la Palestine, se mettre clairement du côté des Arabes, participer à ce conflit qui doit péter, maintenant, tout de suite. Et à la place, on est ce groupe de moutons qui suit un maire débile à Paris, avec toutes les compromissions que ça veut dire face aux riches qui tirent les ficelles des médias gays et de l’engagement sida. Tu me donnes le choix entre Tariq Ramadan et Caroline Fourest et je prends Tariq tout de suite, sans hésitation car il y a de la vraie politique derrière, pas cette compromission de lèche-botte pour faire son trou à France Culture et au Monde. Je dis depuis des années qu’il faut détruire ce que l’on a créé, car les fondations étaient bonnes, mais les rapaces sont arrivés sur notre travail et ils ont construit des murs branlants. Et ces murs créés par les riches sont conçus pour nous tomber sur la gueule et nous ensevelir et personne ne le voit.

http://didierlestrade.fr


photos prises par Didier Lestrade dans son jardin


en été


en automne


en hiver


au printemps


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Sorcière de la famille à dix ans

Une gosse dans l’enfer de la superstition et de la psychothérapie

Knoxxx


Enfant j’ai vécu chez ma marraine et son mari (un pauvre con qui mange la bouche ouverte comme si tous les repas étaient brulants, tu vois ce que je veux dire?). Un après-midi ils discutaient dans le salon pendant que j’étais dans ma chambre, j’avais un bobo au genou et je voulais me soigner toute seule comme une grande. Je suis allée leur montrer mon pansement et là, ma petite nièce a foncé dans ma chambre et a avalé l’alcool à 90°que j’avais laissé ouvert sans faire exprès. On a entendu HURLER! DRAME!
- Tu l’as fait exprès!
- Non j’ai rien fait!
- Si tu es jalouse!
- Non je suis pas jalouse!
Ils l’ont emmenée à l’hôpital.
J’avais peur qu’elle meure.
Ensuite les parents sont rentrés à la maison et m’ont fracassée comme d’habitude. Si ça avait été seulement ma marraine... Mais non, son mari aussi! D’où il me frappe celui-là ENCULE!! Puis c’est passé... Quelques jours plus tard ils m’ont envoyée jouer dehors seule. Ils avaient acheté un ballon pour la petite et je l’ai pris pour jouer. Il n’y avait rien à faire comme jeu étant donné que j’étais seule, alors j’ai décidé d’enterrer le ballon. Manque de chance je l’ai trop bien enterré et je ne savais plus où il était. Au moment où ils m’ont appelée par la fenêtre pour rentrer je leur ai dit :
- J’ai perdu le ballon.
- Où ça?
- Dans le sable.
- Tu es maléfique!
- C’est quoi maléfique?
- Tu es jalouse, tu es une sorcière.
Alors on a creusé tous les trois. On a retrouvé le ballon, et le mari de ma marraine l’a explosé. C’est écrit dans leurs croyances. Les sorcières font ça pour étouffer les petites filles, elles enterrent les ballons. Après ça toute ma famille (et Dieu sait qu’elle est grande ma famille) a dit que j’étais une sorcière. Ca me fait penser à la chanson : sorcièreuhhh, sorcièreuhhh, fais gaffe à ton derrièreuuh, sorcièreuuhhhh, sorcièreuuuhhh, LALALALALA !!!
Adolescente j’étais presque (je dis bien presque) incontrôlable pour mes parents. Je pleurais beaucoup, souvent, et j’écoutais du métal... Suffisant pour les faire flipper, ils étaient persuadés eux aussi que j’étais possédée par quelque chose. Une de mes tantes leur a donc parlé d’un prêtre exorciste en Belgique, LE PERE SAMUEL. On s’y est rendu un samedi matin. Je flippais, je me voyais déjà tomber par terre, convulser et bouffer le prêtre. Rien de tout ça n’est arrivé. Il m’a mis de l’eau sur la tête (il a niqué ma coupe au passage), m’a fait réciter trois mots dans une langue inconnue, m’a donné une croix et c’était fini, tout ça pour ça... Mais le temps passait et j’étais toujours aussi anxieuse et déprimée. Un soir j’ai commencé à entendre des sifflements dans ma tête, là j’ai vraiment eu peur et avec maman on a été consulter. Premier psy : TYJANKO. Il parlait pas on faisait que de se regarder. Devant ma détresse il m’a donné du Melleril (un anxiolytique). Les sifflements sont passés. Ma première prise de médicaments a développé un comportement quelque peu addictif. J’ai commencé à en prendre de plus en plus souvent, ça marchait immédiatement et surtout mieux que les exorcistes. Je changeais aussi très souvent de médecin, je pense en avoir vu huit ou neuf en trois ans. Des fous, des obsédés sexuels, d’autres qui dormaient pendant la séance... Celui qui m’a le plus marqué c’est quand même LANIES, ce mec! Déjà son cabinet était louche, hyper austère, sale, et il n’avait pas de secrétaire ce qui veut dire qu’il se levait deux fois en moyenne par consultation pour ouvrir la porte à ses autres patients. C’est très déroutant lorsqu’on suit une psychothérapie. Dr LANIES faisait un truc quand je lui parlais de mes histoires parfois portées cul, il se masturbait devant moi, je voyais sa main dans sa poche qui bougeait de haut en bas. La première fois je me suis dit que je délirais encore, la deuxième fois je me suis dit que je délirais encore, puis la troisième je lui ai carrément demandé : «Vous êtes en train de vous branler là docteur?». Il a pris un air gêné et a très vite retiré sa main de sa poche. Il était bien en train de se branler. Persuadée que je l’avais allumé et que tout ça venait de moi, et surtout certaine qu’il me ferait aller mieux, je me suis dit que j’allais lui pardonner. A la consultation suivante il me prescrit de l’«Haldol» à cause de mon angoisse de la rentrée scolaire, je ne pouvais pas sortir de mon lit. «Un comprimé le matin et un demi le soir, vous irez mieux mademoiselle». Sauf que c’était pire. J’ai commencé à avoir des envies de suicide, des hallucinations, des raideurs musculaires (je ne pouvais plus tenir un stylo), je ne mangeais plus, je ne pleurais plus car je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Ca n’allait pas mieux c’était bien pire! Au début maman pensait que je faisais semblant, que je ne voulais juste pas aller à l’école puis le jour où je l’ai appelée pour lui dire que j’étais sur le point de me jeter du quai du RER B elle est venue me chercher et m’a ramenée à l’hôpital St-Anne. J’avais déjà un dossier là-bas pour mes multiples pétages de câbles (je cassais, je cassais tout quand j’étais pas contente) et j’avais fait quelques très drôles tentatives de suicide (pendaison foirée = torticolis SEVERE). Questions habituelles... Ils m’ont demandé si j’avais un psy, je leur ai répondu que oui et que j’avais un nouveau traitement : «HALDOL». Mais les médecins ils se serrent les coudes entre eux et personne n’a voulu me retirer l’Haldol alors que c’était ce truc qui me rendait dingo. J’ai consulté alors le médecin de famille qui m’a simplement dit d’arrêter ce médicament car il est destiné aux schizophrènes et je n’étais pas schizophrène.
Lorsqu’on prend ce médicament et qu’il n’est pas adapté ça déclenche les symptômes de la maladie. J’ai donc été une vraie schizophrène. J’en retiens que c’est vraiment pas drôle comme maladie.

knoxxxinnocence.blogspot.com


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La Prohibida

Idole des jeunes et petite babydoll
Comme beaucoup de gens, j’ai rencontré la Prohibida sur Youtube. Une rencontre du troisième type. Un ordi servait de juke-box, dans une soirée arrosée, et au milieu des clips de Britney et autres tubes usés des années 80, elle est apparue. « D’emblée géniale », pour paraphraser Libé à propos de Sophie Marceau dans un nanar dont j’ai oublié le nom. Une vraie créature pop, avec un look incroyable et des refrains entêtants. Un peu comme si l’héroïne du dessin animé Jem & les Hologrammes avait pris trop de MD et volé la combi léopard mauve d’un personnage d’Almodovar. Je découvrirai plus tard que les racines noires de son imposante chevelure synthétique à la Cher circa 1984 avaient été faites à la bombe de peinture noire. Bricoleuse la Prohibida… Et puis je me suis procuré son premier album, que j’ai écouté en boucle, plaisir coupable vite assumé, comme mon amour immodéré pour les moules à l’escabèche. Dans ses mélodies un peu kitsch et minimales, je retrouvais une Lio qui se serait cramé les cordes vocales sur la plage de Benidorm et j’adorais ça. Les chansons de la Prohi sont d’ailleurs devenues pour moi la bande son d’un truc heureux. Elles sentent bon la sangria, l’été à Madrid, la drogue pas chère et les nuits qui n’en finissent pas... Elle est venue plusieurs fois chanter à Paris, on l’a vue avaler trois tranches de jambon de pays, avant son show, « parce que c’est bon pour la voix ». Un jour, avec Hugo mon meilleur ami, on est allé la voir en Espagne, dans une salle immense où venait de jouer Beyoncé quelques jours plus tôt. Elle assurait la première partie d’un groupe très populaire, devant 7000 ou 8000 personnes. C’était un peu la cerise sur sa tortilla, les gens l’ont accueillie comme une star avec sa nouvelle perruque à la Deneuve, et ce soir-là, j’ai versé quelques larmes dans la fosse. La Prohibida ne remplira jamais les stades, elle ne travaillera jamais avec Timbaland. Et c’est tant mieux. Pour chaque Madonna, il y aura toujours une Prohibida. Et qui sait, c’est peut-être elle qu’on retiendra.
Bijou


combinaison d’astronaute en lin argenté brodé et body entièrement rebrodée de papillotes de Noël : ERIC TIBUSH COUTURE


robe-blouson zippée à paillettes : CARLOS DIEZ / body en peau synthétique : CHAUMEN, chaussures : PLEASER


robe en peau synthétique : CARLOS DIEZ, chaussures : CHRISTIAN LOUBOUTIN, bracelets : HELENE ZUBELDIA


Réalisation
Hugo Lopez

Photographie
Antoine Capet

Stylisme
Azadeh Zoraghi

Lieu
La Machine du Moulin Rouge

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Vivre avec une araignée géante

Le pénible quotidien d’une jeune Bretonne

Gaëlle Bantegnie

Il devait être minuit, peut-être plus, j’étais assise au milieu du lit de la chambre mansardée, un livre à la main. Au rez-de-chaussée, mes parents dormaient déjà sans doute. Elles sont apparues subitement, immenses et noires, à ma gauche et à ma droite, immobiles sur la moquette avec leurs longues pattes. Sur le coup, je n’ai pas eu trop peur, j’ai pensé que la première fois c’était pire. La première fois, c’était moi, exactement comme dans La Métamorphose de Kafka. C’était trois ans auparavant, dans la même chambre, le même lit, à la même période -début juillet- à peu près à la même heure. J’étais terrorisée mais j’avais fait l’effort de me lever et, dans le miroir de la salle de bain, je m’étais auscultée. Mes cheveux longs, mon visage, mes bras et mes mains étaient bien là, absolument intacts, mais je me prenais quand même pour un gros cafard noir. J’avais dérangé ma soeur qui lisait dans sa chambre. Elle m’avait confirmé que j’étais normale et j’avais pu dormir sereine.
Cette fois, elle était sortie, dans un bar ou en discothèque. Les araignées occupaient toujours une bonne partie de la grande pièce. Je n’osais pas bouger. Il fallait bien dormir pourtant, alors je me glissai délicatement dans le creux du lit, le drap remonté jusqu’au menton en guise de protection. J’essayai d’éteindre la lumière mais la rallumai aussitôt. Au bout d’un moment, je finis quand même par m’assoupir escortée par les deux arthropodes géants.
Quand je me suis réveillée le lendemain, je n’ai pas eu besoin d’inspecter la chambre pour savoir qu’elles n’étaient plus là. J’ai pris une douche, je me suis habillée, il faisait beau. J’ai descendu l’escalier de bois vernis qui mène au séjour et j’ai senti qu’elle était revenue. Elle au singulier puisqu’il n’y en avait plus qu’une, ce qui ne m’a pas étonnée plus que ça. Je ne sais pas trop comment elle a réussi à descendre la quinzaine de marches avec son grand corps tout noir.
Au rez-de-chaussée, il n’y avait personne, mes parents et ma soeur étaient déjà partis au travail. D’habitude, Louisa ne travaillait pas, à cette époque-là, elle était étudiante. Elle avait juste trouvé un petit boulot pour l’été : elle testait des produits avant leur mise sur le marché.
J’ai préparé mon petit déjeuner comme si de rien n’était, mon père m’avait laissé un peu de café. Je n’étais pas effrayée, plutôt embarrassée. Ce jour-là, David devait me rejoindre chez mes parents à Quimper. On devait y passer quelques jours puis partir en Italie. Il n’était jamais allé en Italie, moi si. Il avait prévu d’arriver en début d’après-midi, ce qui me laissait un peu de temps. J’aurais bien aimé que ça passe comme c’était venu mais ça ne passait pas. L’araignée géante était toujours là, quelque part dans le salon. Je n’ai pas allumé la radio ce matin-là, pas écouté le flash sur France Info, j’ai téléphoné à ma soeur pour lui proposer qu’on déjeune ensemble à la brasserie Le Finistère. Il fallait que je la voie. La première fois, parler avec elle avait suffi à faire disparaître l’insecte.
Je suis sortie de la maison vers midi moins le quart. J’ai pensé que l’araignée ne me suivrait pas dehors, que sa présence était incompatible avec l’espace public. Sur une centaine de mètres, j’y ai cru. Et puis non. Quand j’ai tourné à droite au bout de la rue, elle était dans mon dos. Sous le doux soleil de juillet, on a marché toutes les deux jusqu’au centre ville.
Louisa est arrivée avec dix minutes de retard à la brasserie, écoeurée. Elle venait de tester une dizaine de dentifrices. Je lui ai dit «Faut que j’te parle». On a commandé deux croque-monsieur. Elle m’a juré de ne rien dire aux parents.
- J’ai l’impression d’être suivie par une araignée géante.
Je ne me souviens pas ce qu’elle a répondu, on ne sait pas trop quoi dire dans ces cas-là. Elle a dû me demander si ça allait, si je me sentais bien, si elle devait prendre son après-midi pour rester avec moi. Je l’ai rassurée en lui disant qu’à part ça, tout allait bien et que je ne serais pas seule longtemps puisque David devait arriver vers 15h. Elle est retournée au travail en regrettant de ne rien pouvoir dire aux parents.
J’étais soulagée de lui avoir tout raconté. Je traversais la place de l’hôtel de ville, passais devant la cathédrale gothique, croisais quelques touristes sans plus rien sentir dans mon dos.
Il était presque 15h quand je suis rentrée à la maison. David est arrivé, il a tout de suite voulu aller à la plage pour profiter du beau temps. J’ai enfilé un maillot et suis montée dans la Clio en direction des Sables Blancs. Il me parlait de lui, de la semaine qu’il venait de passer dans la maison de vacances de ses parents dans le Morbihan.
Contrairement à d’habitude, ça ne m’amusait pas trop de me baigner. J’avais même un peu peur, l’eau verdâtre m’inquiétait. David s’amusait comme un petit fou, il se bouchait le nez avec deux doigts pour faire des galipettes. J’étais debout, les bras croisés sur la poitrine sans me décider à nager quand elle est réapparue quelque part au milieu des vagues. J’ai pleuré un peu je crois puis je suis retournée sur la plage suivie de près par l’énorme animal.
J’ai dit à David «J’ai l’impression d’être suivie par une araignée géante». Je crois qu’il a ri parce qu’il n’est pas du genre à pleurer. Il m’a prise dans ses bras et j’ai ri aussi parce qu’en un sens c’était comique.
Le jour suivant l’araignée était toujours là. J’ai dit à David que je ne voulais plus aller en Italie. Il s’est mis en colère, on devait aller voir Pompéi, c’était prévu de longue date. On s’était beaucoup disputé cette année-là, ça devait être le voyage de la réconciliation, c’est pour ça qu’il l’a mal pris.
Je n’ai pas donné les vraies raisons. J’ai dit «L’Italie c’est trop loin, ça fait trop de route et j’ai peur en voiture». Ce qui n’est pas faux. Il a déplié la carte de France, on a opté pour le Pays basque. On n’a pas reparlé de l’arthropode qui avait pourtant assisté à toute la conversation.
On a pris la route un mardi, j’étais plutôt contente de quitter la Bretagne. L’araignée s’est installée comme elle a pu sur le siège arrière de la Clio. Je ne pensais pas qu’elle partirait en vacances avec nous mais je n’avais plus peur, je commençais à m’habituer à elle bizarrement.
Le soir, on a planté la tente à Tarnos-Plage à quelques kilomètres de Bayonne. On avait roulé toute la journée, on n’a pas voulu aller plus loin. La mer était vaseuse, ça m’a angoissée, je ne me suis pas baignée. Je devais faire une drôle de tête, David m’a demandé ce que j’avais. J’ai dit que l’endroit ne me plaisait pas, que la plage était moche et que je ne voulais pas camper. On s’est engueulé, j’ai fait une crise de nerfs, il m’a consolée, on a décidé d’aller au restaurant.
Quand on est entré dans Bayonne, il faisait chaud et déjà sombre. On a garé la Clio sur un parking gratuit puis marché le long de l’Adour à la recherche d’une terrasse. Dans le fleuve, des dizaines de poissons se nourrissaient à la sortie des égouts. D’après David, c’était certainement des mulets. Je ne sais plus où était l’araignée à ce moment-là, peut-être avait-elle disparu, mais c’était presque pire, son absence ne me soulageait plus. On a trouvé une pizzeria pas trop chère avec nappes à carreaux et pierres apparentes. J’ai refusé qu’on s’installe à l’extérieur. J’éprouvais un énorme dégoût à l’idée de dîner sur le trottoir, à deux ou trois mètres des voitures, sous le regard des vacanciers. Le serveur nous a indiqué une table libre dans la salle. On a commandé deux menus. Je n’ai jamais terminé mon entrée. Prise de spasmes incontrôlables, j’ai dû sortir du restaurant soutenue par David. J’ai appris plus tard que j’avais fait ce que le corps médical appelle une attaque de panique. On est rentré au camping. Je n’ai pas bien dormi dans la canadienne bleue que j’ai prise pour une toile d’araignée.
Les hallucinations accompagnées de convulsions plus ou moins intenses ont duré trois semaines jusqu’à ce qu’on appelle un médecin de garde. C’était une femme, elle m’a prescrit de fortes doses de Xanax. Pendant 5 jours, j’ai dormi 20h sur 24. Les médicaments ont fait cesser tous les troubles.
Ou presque.


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Passion canine

Ils aiment les chiens de la niche à la penderie

Dora Moutot


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Sa bosse des maths est un TOC

Elle passe ses journées à compter le monde de 1 à 10 et diviser les choses par 3

Laïla Poulain

Le jour où j’ai décidé de laver ma hotte de gazinière, j’ai pris les dimensions de la mousse qui se trouve à l’intérieur afin de la changer. 47cm de longueur et 34cm de largeur. Je les ai écrites sur ma main afin de m’en souvenir :


Je me suis surprise à passer ma journée à additionner 47+34 selon toutes les combinaisons possibles, par dizaines et unités.

47+30 = 77 , 77+4= 81
47+4 = 51 , 51+30= 81
34+7=41 , 41+40= 81
34+40= 74 , 74+7= 81

Ce jour-là j’ai eu l’impression que ma tête fonctionnait comme un boulier. Mais d’autres logiques de calcul m’apparaissent inopinément et je suis forcée de m’y soumettre. Je ne ressens pas d’apaisement après, je ne suis pas stressée avant. Ça arrive comme ça. Je suis obligée de le faire.
J’ai commencé par diviser tous les grands nombres que je voyais par 3 jusqu’à arriver à 1. L’idée étant de diviser le plus vite possible. Si le nombre n’est pas un multiple de 3, je prends le nombre multiple le plus proche. Voici un exemple à partir du code de chez moi : B5812.


Bien que je le connaisse par coeur, pratiquement à chaque fois que je le compose, je le divise par 3 jusqu’à arriver à 1.

Ça donne : 5+8+1+2= 16, le multiple le plus proche est 15, il faut enlever 1 à 5812 soit 5811, 5811/3=2837, 2+8+3+7=20, le multiple le plus proche est 21, il faut donc rajouter 1 à 2837 je repars donc sur 2838, 2838 / 3 = 946 le multiple le plus proche est 945, 945 / 3 = 315, 315 / 3 = 105, 105 / 3 = 35 le multiple le plus proche est 36, 36 / 3 = 12, 12 / 3 = 4 le multiple le plus proche est 3, 3/3 = 1

Le calcul prend à peu près le temps que je mets pour accéder à mon appartement situé au 1er étage.
Ensuite, je me suis aperçue que je me livrais à d’autres types de calculs. Je ne sais pas quand ils sont apparus ni si je m’y pliais avant sans m’en rendre compte. En tout cas je n’en ai pas parlé tout de suite. Non pas que j’ai eu peur, mais parce que c’était difficile à expliquer.
Au bout d’un moment, l’exercice de diviser par 3 jusqu’à 1 a commencé à m’ennuyer, alors j’ai un peu compliqué la tâche. A chaque étape, c’est à dire à chaque multiple de 3 sur lequel j’aboutis, j’ai décidé de vérifier que ce nombre est bien un multiple de 3. Pour ce faire j’additionne selon toutes les combinaisons possibles les chiffres du nombre entre eux.
Il y a une grosse pendule à la station de métro où je m’arrête pour aller travailler. Je la vois tous les jours et de manière quasi subliminale les chiffres s’imprègnent en moi. Parfois ils lancent le processus de divisions et de vérifications, mais ça n’interrompt pas mes activités dans le métro (écouter de la musique, lire, répondre à des mails, aller sur mon facebook, vérifier dans mon agenda que je n’ai pas oublié quelque chose…). Ce jour-là il était 14H53 quand je suis arrivée au métro.


J’ai additionné le multiple le plus proche de 1453 de toutes les manières possibles :

1+4+5+3 = 13 le multiple le plus proche est 12, je repars sur 1452.
1+4+5+2/ 1+4+2+5 / 4+1+5+2 / 5+2+4+1 / 5+2+1+4 / 2+5+4+1 / 2+5+1+4

J’ai refait ces mêmes combinaisons plein de fois, je vérifiais que je n’en avais pas oublié ou j’essayais de trouver de nouveaux systèmes arbitraires de classement. Souvent je me perds dans ces recomptages, alors je recommence et ça j’aime bien. Dès que ça me saoule, j’arrête et continue mes activités, sans compter cette fois-ci. Mais je peux aussi repartir sur un autre chiffre que j’aurais vu écrit autre part. Il y a eu le 33123 de la pub Avatar qui m’a pas mal fait compter début 2010.



Il y a des modes dans les exercices. Les divisions par 3 étaient très présentes après le lycée. Elles persistent encore 9 ans après mais plus faiblement, le jeu du it-hu tre-qua les ayant détrônées. Je ne saurais dire quand il a commencé, mais actuellement c’est celui que je fais le plus souvent.
Pour cet exercice je dois trouver un truc à compter de 1 jusqu’à 10. Par exemple les poutres du plafond de ma chambre.


Quand j’arrive à 10 je recompte la série à l’envers 4 fois selon une suite bien précise.
Entre 1 et 10, 4 est le seul mot composé de 2 syllabes: qua-tre. J’ai admis arbitrairement que 8 serait aussi composé de 2 syllabes, hu-it. Lorsque je recompte à l’envers je m’amuse à intervertir les syllabes, ce qui donne 4 combinaisons possibles.

Dix neuf ithu sept six cinq trequa trois deux un
Dix neuf ithu sept six cinq quatre trois deux un
Dix neuf huit sept six cinq trequa trois deux un
Dix neuf huit sept six cinq quatre trois deux un

Au début je ne faisais que ça. Ensuite est venue la représentation mentale d’un compas qui matérialise ces suites. La pointe se plante sur les chiffres impairs et le crayon sur les chiffres pairs. Depuis, dans le jeu du it-hu tre-qua, il y a toujours ce compas qui danse. .
En décembre 2009, j’ai emmené des amis en tournée. C’était moi qui conduisais. Il y avait une date à Saint-Étienne et avant de reprendre la route le lendemain matin, nous sommes allés au musée d’art moderne qui se trouvait juste à côté de notre hôtel. Je me suis arrêtée devant un tableau de Helmut Federle qui m’a interpellée. Après être restée un moment plantée devant, je me suis rendue compte que je faisais le jeu du it-hu tre-qua en essayant de faire faire au compas les plus grands angles possibles.


Quand je conduisais, j’ai aussi beaucoup compté. Sur l’autoroute, il y a pléthore de matière à compter et paradoxalement c’est souvent moi qui conduis. Je compte les lignes de 3 en 3, le plus loin possible, jusqu’à me perdre et je recommence. Je fais des paquets de 3 avec les petites lignes du milieu et 1 grande ligne de distance sur la droite compte pour 3. Mais comme les paquets de pointillés vont moins vite que les grandes lignes à droite j’inclus arbitrairement de nouveaux objets dans le comptage (un poteau, une rambarde, ...) ou je compte 3 paquets de 3 pointillés pour 1 grande ligne.



Lors des exercices de comptage j’ai beaucoup de représentations mentales. Il y a le compas qui danse lors du jeu du it-hu tre-qua. Il y a aussi les images de dés lorsque je vérifie qu’un nombre est divisible par 3. Je compte chaque chiffre du nombre comme si je lisais sur un dé, avec le compas qui danse d’un point à un autre. Il ne doit jamais se déplanter. Le challenge est d’essayer de lui faire faire les plus grands angles possibles de rotation. Je m’amuse à compter par tous les chemins possibles. Ce jeu-là je ne le fais plus trop, je crois qu’il me fatiguait un peu.

Je compte souvent le nombre de personnes que je vois. En soirée, sur une photo, dans un film… Pour ce faire j’utilise aussi la représentation mentale du compas. Je m’amuse à recompter par tous les chemins possibles toutes les personnes. Et s’il n’y en a pas assez j’invente des comptages à l’envers totalement arbitraires pour dépasser 8. Un week-end où nous étions partis à Bruxelles avec des amis, nous avons fait la pause sandwich-triangle obligatoire sur une aire d’autoroute. Nous mangions à l’extérieur pour profiter du soleil et n’étions pas très prolixes. Il était encore un peu tôt et nous n’étions pas complètement réveillés. A ce moment-là mes cinq amis avaient un compas qui leur tournait autour.



Toute la journée on peut dire que je compte. Quand je m’ennuie, au moins ça fait passer le temps. Mais quand je suis concentrée je le fais aussi. J’ai l’impression que ça m’aide à me concentrer davantage sur ce que j’écoute ou ce sur quoi je réfléchis. Je crois que j’ai du mal à ne faire qu’une chose à la fois. Je m’ennuie. Je me demande si je ne me complique pas un peu la vie, mais je sais que sans ça je m’ennuierais réellement.

Un jour, on m’a dit que ça s’appelait de l’arithmomanie. Il s’agirait d’un TOC = Trouble Obsessionnel Compulsif. Ce dernier est analysé comme un trouble anxieux caractérisé par l’apparition récurrente de pensées intrusives. Ces pensées dites obsessions génèrent des angoisses et la personne réalise des compulsions ou des rituels contraignants pour limiter cette angoisse. Les tocs sont divers et apparemment assez fréquents. Dans mon entourage par exemple, mon ami Mathieu vérifie toujours 3 ou 4 fois que le gaz est bien fermé avant de partir de chez lui, ce qui nous met souvent en retard. Clément m’a avoué qu’il cherche toujours à compter les quatre coins d’une chose. Mériadek a une sainte horreur des noms propres franchouillards (Ménilmuche, Quincampoix, Caulaincourt…). Durant les repas, Solène est obsédée par l’idée d’être victime d’une pulsion, elle doit se concentrer pour ne pas penser à planter son couteau dans son voisin de table.

J’adapte mes jeux à ce que je vois et aussi ce que je vois à mes jeux. Comme je l’écrivais il y a des modes avec mes tocs. Ces derniers temps je bloquais pas mal sur le it-hu tre-qua. Depuis la rédaction de cet article tout ceci a un peu diminué et j’ai peur de m’ennuyer dans les jours à venir.


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Renzo Martens

L’homme qui explique aux Pauvres comment exploiter leur misère

Sabine Noble et Mathieu Chausseron



Renzo Martens est un artiste hollandais. En 2003 il a amorcé la réalisation d’un triptyque de films : Enjoy Poverty. Il questionne avec ce travail son rapport aux images de guerre et de pauvreté à travers le prisme de son identité d’homme blanc occidental.

Episode 1 se déroule en Tchétchénie, durant la guerre face aux Russes. Martens s’y rend seul, en toute illégalité, et décide non pas d’interroger les différents protagonistes du conflit (réfugiés, travailleurs humanitaires, rebelles...) sur leur situation personnelle mais plutôt de leur demander comment, de leur point de vue, lui (Renzo) se sent. Ainsi le film ne s’intéresse pas à des phénomènes extérieurs, mais interroge au contraire les conditions de l’existence personnelle du réalisateur et des spectateurs en posant les limites de la notion d’humanisme. Jusqu’où peut-on comprendre l’autre?
Episode 2 n’a jamais vu le jour.
Episode 3 prend place au Congo. Le constat y est simple : l’aide au développement rapporte plus de capitaux au pays que n’importe quelle autre ressource. Dès lors, pourquoi ne pas envisager la pauvreté comme une matière première? Poussant rationalité et logique capitaliste à leur paroxysme, aux confins de l’absurde et du cynisme, Renzo Martens entreprend de monter un tout nouveau programme d’émancipation. Pas question ici d’enseigner les techniques permettant de creuser un puits ou d’irriguer un champ, le blanc décide plutôt d’apprendre à un groupe de villageois comment photographier la misère alentour. Un cliché de cadavre ou d’enfant sous-alimenté rapportant mille fois plus qu’une bête photographie de mariage, le calcul est vite fait. Mais le business reste jusqu’ici la chasse gardée des occidentaux, vrais propriétaires de la pauvreté. Au cours d’ateliers, la population locale est donc encouragée à ne pas lutter contre la misère mais à l’embrasser, afin d’en cueillir elle aussi les fruits. Dans d’autres régions où la pauvreté n’a pas de valeur marchande, les autochtones sont poussés à accepter leur sort, cette fois parce que l’on n’y changera rien. Face à une situation en apparence totalement bloquée, dans laquelle tout le monde ou presque semble trouver son compte (habitants des pays occidentaux, responsables politiques et économiques, organisations humanitaires...) en dépit d’une indignation de façade, les Africains ont-ils d’autres choix que d’accepter leur condition misérable? Lucides, ne devraient-ils pas plutôt se faire une raison?




Quelle est la genèse de ce triptyque? Le projet est-il né en réaction à une insensibilité personnelle face aux images de pauvreté omniprésentes dans les médias?
Episode 3 est la troisième partie d’une série qui tente de dévoiler la fonction du film et de la caméra dans un monde médiatisé en permanence.
Dans le premier volet, j’ai fait un voyage en Tchétchénie où j’ai endossé le rôle le plus important -mais rarement reconnu- dans toute guerre médiatisée : celui du téléspectateur, pour l’attention duquel on se bat. La bataille médiatique est d’ailleurs bien plus importante que celle livrée avec des Kalashnikovs ou des bombes. Suivant ce constat, je n’ai donc pas demandé aux rebelles, aux réfugiés, ni aux soldats russes leurs impressions. C’était inutile. Je les ai en revanche harcelés avec des questions concernant mon ressenti.
Finalement l’enjeu c’est ça, c’est moi, le spectateur. Le principal est de savoir comment je me sens, maintenant que leurs larmes coulent, que leur ville est en flammes.
Avant de commencer Episode 3, je me suis rendu compte que non seulement cette image de l’autre en détresse (ou sous l’emprise de n’importe quelle émotion) est utilisée pour susciter une émotion auprès du spectateur, mais que cela va bien au-delà de ça. A tel point que cette image ne décide pas seulement de l’issue de la guerre, mais qu’entre temps, elle devient la matière de base de toute une industrie, qui ne cherche pas fondamentalement à arrêter ce flux mais s’en sert en générant d’importantes sommes d’argent. La médiatisation, finalement, fait de la misère un produit d’exportation.
Les films trouvent donc leur origine dans une analyse de la fonction de l’image et constituent une forme de méditation sur le sens -et les limites- de l’art, de l’intervention artistique. Mais ils traitent de l’amour aussi, de sa puissance comme agent de change et de sa faiblesse. En effet, malgré le puissant sentiment d’empathie généré chez les occidentaux, l’amour ne parvient pas à générer assez d’argent pour la nourriture quand les enfants ont besoin de manger.

Vos films doivent-ils être appréhendés comme des documentaires ou comme des pièces d’art contemporain? Pourquoi?
Ces films montrent une réalité extérieure, et la reproduisent entièrement. Si le monde est vert, alors le film ne montre pas le « vert », le film est simplement vert, comme une peinture monochrome.
Cette pratique s’inscrit dans une longue histoire de l’art, celle de l’autoréférence comme seul moyen de parler du monde. Godard l’a évoqué en profondeur, dans sa série France Tour Détour. C’est aussi l’héritage du modernisme.

Journalistes et travailleurs humanitaires entretiennent d’ailleurs une relation d’interdépendance, les différentes ONG construisent leurs camps respectifs, accueillent leurs réfugiés qui sont ensuite photographiés par les journalistes qui offrent ainsi aux structures une visibilité en Occident, indispensable pour recueillir des fonds. Que vous inspire cette collaboration et quel regard portez-vous sur le travail des ONG au Congo?
Effectivement, les ONG sont dépendantes de la couverture médiatique pour trouver des fonds, et les journalistes qui vont au Congo sont contents de les trouver car ils ont peu de temps, des budgets limités et parfois peu d’expérience. Rien de plus facile dans ces conditions qu’une visite guidée par MSF ou Unicef. Le journaliste a accès à des réfugiés, à des images, il rencontre des gens intelligents, francophones ou occidentaux, qui lui expliquent la situation. Alors le logo de l’ONG est repris dans l’image, ou son nom figure dans le texte en tant qu’autorité sur le terrain. Deux histoires sur trois dans les médias laissent la parole à l’homme blanc qui vient aider. Journalistes et ONG créent ainsi une situation de profit réciproque.
En même temps, il y a des perdants. Les noirs. D’après nos médias occidentaux, il semble que les blancs en Afrique soient là pour amener la paix, la démocratie, la raison, la tendresse, tandis que les milices -noires bien évidemment- s’amusent à foutre le bordel.
Pourquoi ce constat? Parce que les blancs qui foutent le bordel ne se laissent pas filmer et n’organisent pas de visites guidées de leurs champs de bataille ou de leurs exploitations. D’ailleurs, il ne se trouvent pas en Afrique, mais ici, tout près. Notre envoyé spécial a donc très peu de preuves, et d’ailleurs, on ne lui laisse pas le temps d’en trouver. Par conséquent, nous, public, pensons qu’on aide en permanence l’Afrique mais que rien ne change : « C’est quoi ce problème permanent avec ces Africains? »
Cependant 90% du personnel médical de MSF au Congo est composé de locaux qui gagnent un salaire allant de 50 à 300 dollars par mois. Mais sur la photo, dans 80% des cas, c’est un médecin blanc qui sauve l’enfant. Les noirs qui aident ne sont que rarement exposés.
Je comprends bien qu’il s’agit d’une stratégique médiatique destinée à créer un lien entre le donateur européen et ceux qui ont besoin d’aide en Afrique. Mais tout ça crée un sentiment d’«afro-pessimisme». Cela nous mène à croire que ce continent est un grand puits sans fond dans lequel on verse en permanence de l’argent. Mais c’est l’Afrique qui pourvoit à nos besoins en permanence.

Vous insistez sur le fait qu’Enjoy Poverty ne constitue pas une oeuvre engagée. Pourquoi? Remettez-vous en cause la capacité de toute production artistique actuelle à pouvoir dénoncer quoi que ce soit?
Mon oeuvre n’est engagée que dans le sens où elle prend ses responsabilités individuelles, formelles et idéologiques. Comme toute oeuvre d’art, son engagement se situe dans la représentation d’elle-même. L’art traite de l’art. Si l’oeuvre d’art dénonce une réalité extérieure, c’est parce qu’elle se dénonce elle-même.

Le constat final d’Enjoy Poverty peut être résumé ainsi : les Africains ne pourront jamais s’enrichir car ils sont structurellement exclus du marché. Ils doivent donc accepter la situation et apprendre à apprécier leur misère. Est-ce votre point de vue? Etes-vous cynique ?
Il n’y a rien de cynique là-dedans. C’est un acte d’amour. Comme cela est dit dans le film, celui-ci est construit pour un public européen. C’est peut-être utile que les gens ici soient confrontés à un type qui va en Afrique pour dire aux pauvres qu’ « ils ne pourront jamais s’enrichir car ils sont structurellement exclus du marché, qu’ils doivent donc accepter la situation et apprendre à apprécier leur misère ».

Qu’en est-il de d’Episode 2?
Ce film est le plus difficile à faire, je me suis donc permis d’accumuler un peu d’expérience avec Episode 1 et 3 avant de l’amorcer. Il constitue le volet central d’une sorte de triptyque médiéval, dans lequel les panneaux extérieurs représentent -et reprennent par leur propre existence!- la cacophonie construite par l’homme, par ses désirs et ses angoisses. Mais bien entendu, ces volets penchent sur le tableau central, qui représente et -reprend par sa propre existence!- un tout autre état : le divin, l’amour éternel, etc… Tout ça, c’est pour Episode 2.


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Willy Richardson

Il se transforme en mur de chiottes quand il s’endort

Photos: Jérémy Biais, Antoine Capet



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Les mille et une Venise

L’histoire secrète du plus grand mème de tous les temps

Benjamin Lequertier

Eloignement géographique et conceptuel des 63 mèmes étudiés en regard de la Venise originale

Les villes sont positionnées selon la distance géographique et conceptuelle qui les sépare de Venise. Paradoxalement, après un pic rapide de n’importe quoi (aux alentours de 3000 km de distance), l’augmentation de l’éloignement géographique pousse les villes à se rapprocher de la Venise originale.



Voir Venise et mourir. Chaque année, des millions de touristes sortent en courant de l’aéroport Marco Polo, extatiques à l’idée de traverser le Pont des Soupirs et de mouiller leurs Timberland sur la place Saint-Marc. Une expérience unique, dont les meilleurs moments se retrouvent uniformément sur les blogs, pages persos et autres profils Friendster. Mais pour un touriste comblé d’avoir goûté aux plaisirs de la vraie Venise, combien se contentent de canaux en béton, de gondoles en plastique et de mauvais carnavals ? Combien se rabattent sur d’obscurs patrimoines régionaux, dont l’économie tout entière se fonde sur d’abracadabrants parallèles avec la Sérénissime ? Qui ne s’est jamais vanté d’avoir visité la petite Venise du Nord, de l’Est ou du Centre ?
Partout en France, des offices de tourisme véreux se réclament de Venise dès qu’ils tombent sur une molécule d’H2O. De Crécy-la-Chapelle (la Venise briarde) à Montargis (la Venise du Gâtinais), en passant par Niort (la Venise verte) ou Brantôme (la Venise verte du Périgord), pas moins de quinze petites Venise – souvent sans même un canal, un pont ou un dégât des eaux – parcourent la France aux mille visages, aux mille paysages.
Absurdes et souvent ridicules, ces impostures sont à Venise ce que les raies léopards sont à l’amibe : un ensemble de mutations hasardeuses, au résultat grotesque et insignifiant. Fruits d’un processus de sélection naturelle extravagant, elles tentent de perpétuer l’ADN vénitien par des moyens non génétiques : imitation, détournement, appropriation. Venise est devenue une sorte de mème, un lolcat architectural, qui se diffuse, se décline et se reconstruit à l’infini, pour le plus grand bonheur des offices de tourisme du monde entier.
Les extrapolations les plus folles1 font remonter l’apparition du mème vénitien à la création, en 1310, du Conseil des Dix, le comité exécutif et judiciaire de la République de Venise. Affublés de minuscules chapeaux noirs et de toges écarlates, ses membres étaient chargés de comploter derrière de lourdes portes pour garantir la sécurité de l’Etat. Trois fois par semaine, ils se réunissaient pour éplucher les dénonciations secrètes déposées dans les bouches de lions qui parsemaient la ville. Puis ils pendaient, décapitaient et noyaient.
Leur vie aurait pu n’être que douceur et tranquillité si, à force de filer de gondoles en gondoles pour traquer les intrigues, ils n’avaient pas découvert la véritable menace pesant sur la République : en sus des vols, des complots et des crimes sexuels, Venise coulait irrémédiablement dans sa lagune. Horrifiés par ce sombre et inéluctable destin, les Dix décidèrent de mettre au point une gigantesque opération de marketing viral pour faire survivre la ville au-delà de ses frontières : quels qu’en soient le lieu, la forme ou le contenu, le mythe de Venise devait perdurer.
Marco Polo, qui participa à la création du Conseil des Dix, joua probablement un rôle fondamental dans cette machination. Doublé d’une maîtrise absolue du marketing viral,2 son engouement pour l’Asie explique sans doute pourquoi c’est à l’est que se trouve la plus grande concentration de mèmes vénitiens. Dix-huit Venise de l’Orient quadrillent le continent, dont six en Chine, trois en Inde, deux en Thaïlande et une en Micronésie.
(L’Europe n’est pas en reste pour autant. Quinze villes concourent pour l’appellation de Venise du Nord, depuis les vénérables institutions touristiques
(Bruges, Amsterdam, Saint-Pétersbourg), jusqu’aux bouges frappés par la crise industrielle (Birmingham, Manchester, Hambourg), où la moindre rigole d’eau devient canal.
Au sud, pas d’eau. Pas de Venise.
A l’ouest, les Amériques. Probablement le plus grand coup de génie du Conseil des Dix. En confiant à leur compatriote Amerigo Vespucci la responsabilité de promouvoir Venise outre-Atlantique, ils s’attachèrent les services du plus grand mégalomane de la Sainte Ligue.3 En 1499, il lui suffit de tomber sur un lac et quelques maisons sur pilotis pour donner naissance
à la première Petite Venise du Nouveau Monde (le Venezuela).
Dès lors, la renommée de la Sérénissime se propagea comme une trainée de poudre au sud,4 mais surtout au nord de l’équateur : de la Floride à l’Etat de Washington, pas moins de 11 Venice émaillent le territoire américain. Sans canaux, sans ponts, sans carnavals et sans intrigues, la plupart de ces taudis s’appliquent comme ils peuvent à rivaliser avec le destin tragique de la Cité des Doges.5
Ainsi, 40% de la population de Venice (Illinois) vit en dessous du seuil de pauvreté.6 De juillet à décembre 2000, Mohamed Atta et Marwan Al-Shehhi prirent des leçons de vol à l’aéroport municipal de Venice (Floride), puis allèrent s’écraser respectivement sur les tours Nord et Sud du World Trade Center. Venice (Louisiane) fut rayée de la carte en 2005 par l’ouragan Katrina. Quant aux huit autres Venice, situées au milieu de forêts, de décharges industrielles ou de marinas en papier crépon,7 leurs habitants cherchent probablement à se supprimer à chaque fois qu’ils écrivent leur code postal.
Poussé jusqu’à l’absurde, ce processus de dérive mémétique 8 est aujourd’hui contrebalancé par un mouvement inverse, qui privilégie la production de Venise conformes à l’originale, dotées d’infrastructures plus performantes. Exacte réplique de la Sérénissime, le Venetian Hotel de Las Vegas illustre parfaitement cette forme de darwinisme architectural. Canaux chlorés, rues climatisées, gondoliers non syndiqués et performances carnavalesques quotidiennes caractérisent le nouvel idéal vénitien, propre, fonctionnel, et très judicieusement ancré sur la terre ferme.
Un ancrage qui finira sans doute par se déplacer. Déjà, en 1877, lorsque l’astronome italien Schiaparelli annonçait l’existence de canaux sur la planète Mars, les écrivains ratés du monde entier se précipitaient sur leurs buvards pour exploiter le filon de la Venise martienne.9 Depuis, les progrès fulgurants de la NASA ont rendu la colonisation des planètes proches de plus en plus plausible. On attend avec impatience la fondation de la petite Venise du Cosmos.


1 Voir notamment : Benjamin Lequertier, Les mille et une Venise, in Entrisme #5, juin 2010
2 Copié dans des dizaines de langues, son Livre des merveilles inonda l’Europe et lui bâtit une réputation de marchand d’exception, sans que personne ne puisse jamais vérifier ses dires.
3 En découvrant les Amériques, Vespucci leur donna son prénom.
4 Cf. notamment Recife (la Venise du Brésil), Nova Veneza (la Nouvelle Venise), ou bien plus simplement les 8 Veneza qui polluent le territoire brésilien.
5 Alors même que Venise est déjà très judicieusement jumelée avec Nuremberg et Sarajevo.
6 Source : U.S. Census Bureau, Summary File 1 (SF 1) and Summary File 3 (SF 3), 2000
7 Voir à ce sujet le travail de Didier Scofidio + Renfro, Chain City, présenté à la Biennale de Venise 2008.
8 « Processus par lequel [...] un mème se transforme lors de sa transmission d’une personne à l’autre », article Wikipedia consacré à la mémétique
9 Voir notamment George Griffith, A Honeymoon In Space, 1900 et Edgar Rice Burrough, A Princess Of Mars, 1913


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